Tribune libre signée Clément Barailla Nouvelle Donne

Je ne peux résister au plaisir de relayer cette tribune libre signée Clément Barailla, candidat aux élections européennes de 2014, 3e sur la liste Nouvelle Donne pour la circonscription Ouest et publiée par ubacto.

Nous sommes tous plus ou moins gagnés par un sentiment d’impuissance. Impuissance vis-à-vis du politique, de la « mondialisation » ou des « marchés financiers ».

Si je m’engage aujourd’hui pour Nouvelle Donne, c’est d’abord et avant tout pour redonner au citoyen la place qui doit être la sienne. Dans un contexte où nos gouvernants, ceux que nous élisons pour nous représenter, s’enlisent jour après jour dans la comédie de leur propre impuissance, cela devient urgent.

Quand François Hollande compte sur le retour à court terme de la croissance, promet que la prospérité est au coin de la rue et que le chômage est en passe de se résorber, il met en scène son impuissance. Nul ne sait exactement quelle est la politique la plus adéquate. Mais certaines réalités se rappellent à nous: la croissance est durablement basse, la reprise économique est trop fragile pour imposer une cure d’austérité trop forte, l’économie française a moins besoin de main-d’oeuvre.

Faire fi de la réalité, c’est se condamner à l’impuissance.
Le réalisme, c’est de voir que le système politique français ne permet plus de réaction politique efficace face aux défis contemporains. Ce ne sont pas tant les hommes qui sont en cause que l’organisation qui les modèle.
C’est pour cela que l’enjeu primordial est celui de la réorganisation du système démocratique, c’est un enjeu de gouvernance.

La deuxième révolution industrielle n’est pas seulement la conséquence d’avancées techniques ou de l’utilisation de nouvelles énergies, c’est la mise en place d’organisations nouvelles. Les Trente Glorieuses seraient-elles advenues sans le taylorisme ?

Pour partie, cette question de l’organisation est donc économique, mais elle est aussi juridique et institutionnelle. La façon de gouverner doit s’adapter au contexte de gouvernement.

Ces questions apparaissent comme des évidences, pourtant la complexité des systèmes économique et politique actuels fait que personne ne s’en occupe. Il est en effet à la fois plus facile et moins efficace de naviguer à vue, de faire du « pilotage économique », de sortir « la boîte à outils ». On peut gagner une bataille navale simplement avec de la roublardise et en sachant naviguer, mais si on a l’occasion de revoir l’architecture du navire pour l’adapter au combat, pourquoi s’en priver?

La démocratie française ne fonctionne plus correctement. Les « élus » forment une caste à part, ou du moins une profession, qui comme toute profession obéit à ses logiques propres. Une des grandes conséquences de la Révolution a été la suppression des corporations, représentantes des intérêts particuliers. Voilà que ceux qui sont chargés d’en incarner l’héritage en viennent eux-mêmes à former une corporation. Nul n’est à blâmer, l’organisation est à améliorer.

Mais avant tout changement institutionnel, des modes de fonctionnement très simples vis-à-vis de ces institutions peuvent réguler les dérives du système existant. Ainsi, favoriser l’aller-retour entre la « vie civile » et l’exercice d’un mandat permettrait sans qu’il soit nécessaire de changer la Constitution d’éviter les écueils de la « carrière politique ». Rétablir pour certaines fonctions l’exercice du tirage au sort obligerait les citoyens à se confronter à la prise de décisions, et permettrait un complément de représentativité. Développer, au moins à petite échelle, le principe de « l’élection sans candidat » permet de choisir les gens non pas en fonction de leur degré d’envie et d’habileté mais de leurs qualités.

Toutes ces pistes ne mènent pas au Saint-Graal, mais conduisent à se poser les bonnes questions. Il s’agit de réveiller le citoyen, qu’il exerce ou pas des responsabilités politiques.
Ce n’est ni en vociférant ni en se retirant du jeu politique que l’on peut améliorer les choses. C’est en agissant avec calme et détermination.

Le grand message de Nouvelle Donne, c’est de dire qu’il est l’heure de reprendre la main. Ce qui signifie qu’on ne va pas attendre de miracles mais que l’on va se retrousser les manches. Pour un citoyen, étudier le fonctionnement de la monnaie ou des institutions, c’est nécessaire. Ça fait partie de l’exercice de la liberté. Et c’est souvent beaucoup moins compliqué que ce qu’on veut nous faire croire.
En définitive, on a le choix entre faire confiance aveuglement (à des gens qui entre nous ne comprennent pas bien ce qu’il se passe ni comment s’en sortir…) ou bien se faire confiance et reprendre la main.

Clément Barailla
Candidat Nouvelle Donne en troisième position sur la liste Grand Ouest.

 

Climat : De l’eau et du feu pour le XXIe siècle (rapport du GIEC)

Climat : De l’eau et du feu pour le XXIe siècle (rapport du GIEC)

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5eme rapport du GIEC

Le Giec s’apprête à publier une synthèse du second tome de son 5e rapport d’évaluation. Une semaine avant sa sortie officielle, le JDLE vous en livre les principaux enseignements.

On ne pourra décidément plus dire qu’on ne savait pas. Depuis quelques semaines, une version quasi définitive du résumé pour les décideurs du second tome du 5erapport d’évaluation du Giec[1] circule sur internet et dans la presse anglo-saxonne. Rien d’étonnant à cela. Depuis l’automne, le texte est consulté et annoté par des centaines d’experts, de relecteurs, de diplomates, etc. Rédigée par un groupe d’auteurs de l’organisation onusienne, cette synthèse (29 pages, alors que le rapport en fera près d’un millier) doit être validée par les gouvernements avant d’être publiée le 31 mars. D’où de nombreux échanges. La version qu’a consultée le JDLE a été établie le 28 octobre dernier. Les corrections finales devraient être minimes.

SUR QUOI PORTE LE SECOND TOME DU 5E RAPPORT?

Comme son titre l’indique, cette seconde partie du 5e rapport d’évaluation traite des conséquences des changements climatiques, de l’adaptation et de la vulnérabilité de nos sociétés aux colères du climat, tout au long du XXIe siècle. Il est publié 6 mois après le premier tome, qui présentait l’état de la science climatique. Il sera suivi, le 13 avril, par la publication du résumé du rapport du troisième groupe de travail du Giec, dédié aux politiques et mesures pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre (l’atténuation).

QUELS SONT LES RISQUES AVÉRÉS À TERRE?

Il y a deux façons de lire le rapport du groupe 2: par risque et par région du monde. Côté risques, le gros des préoccupations des politiques devra porter sur l’eau. Selon le niveau de réchauffement[2], le nombre de terriens susceptibles de subir de fortes inondations variera du simple au triple. Voilà pour les régions tempérées. Dans les zones les plus sèches, c’est la fréquence des périodes de sécheresse qui augmentera. «Chaque degré supplémentaire devrait réduire de 20% les ressources en eau», estiment les auteurs. Pas rassurant si l’on garde à l’esprit que la population mondiale pourrait croître de moitié d’ici la fin du siècle.

Moins d’eau et plus d’habitants sont les deux premières variables de l’équation de l’insécurité alimentaire. Les climatologues estiment que les rendements des grandes cultures (riz, blé, maïs) pourraient diminuer de 2% par décennie. Parallèlement, la demande mondiale devrait progresser de 14% par décennie jusqu’à la moitié du siècle. Difficile à gérer.

QUELS SONT LES RISQUES POUR L’ENVIRONNEMENT MARIN?

Sous les effets conjugués du réchauffement, de l’acidification, des pollutions et de la surpêche, l’écologie marine va au-devant d’un grand bouleversement. Nombre d’espèces tropicales vont quitter leurs eaux surchauffées pour gagner des latitudes plus fraîches. D’ici la fin du siècle, le potentiel de capture de poissons pourrait baisser de moitié dans les eaux de la bande équatoriale ainsi que dans l’océan Antarctique. Les écosystèmes polaires et coralliens devraient particulièrement souffrir de l’acidification croissante des eaux marines.

BON POUR LA SANTÉ, LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES?

Pas vraiment. Le réchauffement accroîtra la prévalence des maux que nous connaissons déjà: les affres de la pollution atmosphérique urbaine, par exemple. Selon les régions, les populations subiront les effets sanitaires de vagues de chaleur, plus fréquentes et plus intenses, des incendies de forêt (on l’a vu en Russie, lors de l’été 2010) ou de la malnutrition. Dans d’autres régions, les travaux en plein air (agriculture, pêche, BTP) deviendront difficiles, voire impossibles, en raison des températures trop élevées.

RISQUES ET STRATÉGIES D’ADAPTATION

En Afrique, la première des conséquences des changements climatiques est la réduction de la pluviométrie. Pour y faire face, les auteurs du Giec recommandent la plantation de cultures sobres, le développement de l’irrigation raisonnée, le renforcement de l’alimentation en eau potable et de l’assainissement.

Les mêmes causes ne produiront pas forcément les mêmes effets partout. En Europe, l’eau aura plutôt une fâcheuse tendance à inonder. La faute à un changement de régime des précipitations, à la montée du niveau de la mer, ainsi qu’à l’urbanisation des zones… inondables. Les effets inverses toucheront les régions méridionales du Vieux monde. Au nord, on multipliera donc les ouvrages de défense contre l’eau. Au sud, on mettra en œuvre des technologies sobres en eau, notamment pour l’irrigation et la production d’énergie. On améliorera aussi la résilience des villes.

Eau et chaleur frapperont aussi l’Asie. La fonte des glaciers, le changement de régime des moussons et, toujours, la montée du niveau de l’océan augmenteront sensiblement le risque d’inondation dans les zones urbaines et sur les côtes. Les scientifiques alertent par ailleurs sur les conséquences des canicules, notamment dans les zones urbaines riches en îlots de… chaleur.

Curieusement, alors que l’Australie bat régulièrement ses records de chaleur estivale, c’est l’eau qui semble être la principale menace pour l’île-continent et les autres régions de l’Australasie. L’Australie et la Nouvelle-Zélande seront fréquemment les proies de fortes inondations. De même, les zones côtières des deux pays seront régulièrement grignotées par la montée du niveau de l’océan. Sous la surface du Pacifique et de l’océan Indien, la grande barrière de corail pâtira du réchauffement et de l’acidification de l’eau, réduisant d’autant la biodiversité marine régionale.

En Amérique du Nord, la montée du mercure du thermomètre renforcera fortement le risque d’incendie de forêt. Dans les villes, les populations les plus vulnérables subiront les affres des canicules. A moins, comme le conseillent les auteurs, d’ouvrir des cooling centers. L’augmentation du risque de fortes inondations est hautement probable, notamment le long des côtes.

Les glaciers sont l’une des principales sources d’approvisionnement en eau de nombreux pays d’Amérique centrale et du Sud. Or, avec leur recul rapide, l’accès à l’eau dans les régions les plus arides va devenir problématique, estiment les rédacteurs. Les scientifiques annoncent aussi une réduction des rendements agricoles de la région.

INVIVABLE, LA TERRE?

Invivable, la terre de la fin du XXIe siècle? Pas encore. Nous sommes encore à la croisée des chemins, soulignent les auteurs du Giec. A supposer que nous allégions très sensiblement notre empreinte carbone, nous pouvons espérer stabiliser le réchauffement sous la barre des 2°C par rapport à l’ère préindustrielle. Et réduire ses conséquences. «La réduction des émissions de gaz à effet de serre au cours des prochaines décennies peut substantiellement diminuer les risques liés aux changements climatiques dans la seconde moitié du siècle», confirment les chercheurs. Ils ne seront toutefois pas nuls. D’où l’importance de commencer à nous y préparer. Les plus récentes études suggèrent que les pays en développement (les plus vulnérables) doivent investir près de 100 milliards de dollars (72,4 Md€) par an pour s’adapter aux effets du réchauffement. C’est ce que les pays du Nord leur ont promis à partir de 2020. Il n’est pas certain qu’ils tiennent leurs engagements.



[1] Giec: Groupe international d’experts sur l’évolution du climat

[2] Les auteurs ont principalement étudié deux scénarios: des réchauffements de 1,5°C et de 4,9°C d’ici la fin du siècle par rapport à l’ère pré-industrielle.

Repris de JDE